Pray For Paris

Après un weekend sombre et une reprise de la routine difficile, je me sens maintenant capable de poser des mots sur mes émotions et sur tous les événements qui se sont déroulés ces dernières 72h. Je pensais ne pas être capable d’en parler ni même d’en avoir envie tellement mon cœur était lourd et en état de choc, mais au final poser des mots sur la souffrance m’est bénéfique.

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Oui parce que j’ai mal pour mon pays, je souffre de cette violence gratuite à laquelle ces Français que nous sommes, nous avons dû faire face. Je n’arrive pratiquement plus à dormir, je ne cesse d’imaginer la souffrance et le traumatisme qu’ont vécu les personnes croisant ces terroristes. Quelques secondes avant leur apparition, ces personnes étaient entourées de leurs êtres chers autour d’un verre et sourire au bout des lèvres ou dans la chaleur et l’euphorie d’une salle de concert. Tout comme vous ou comme moi à chaque weekend. Puis le chaos. Des scènes d’horreurs et de cauchemars éveillés les ont poignardées.

Quand tout cela est arrivé, j’étais dans mon petit cocon bien au chaud avec mon homme, avec des amis nous avions annulé une sortie de bar sur Paris en début de soirée, que j’en suis soulagée maintenant…Nous regardions un spectacle de Gad Elmaleh tranquillement en souhaitant faire découvrir à mon Canadien les humoristes français. Puis vers 23h30, j’allume mon téléphone et là, je reçois des messages de mes proches me demandant si tout allait bien, si je n’étais pas sortie sur Paris. Et là, défilent les mots attentats, fusillades, morts, Paris, prise d’otage sur mon écran téléphonique, je commençais à paniquer, je me suis littéralement jetée sur la télé pour comprendre ce qui se passe et rester figer devant la télé le sang glacé. Et j’ai pleuré, pleuré face à cette horreur, à ce massacre encore en cours, à ces vies innocentes tout en espérant égoïstement qu’aucun proche n’était sur place. Je n’arrivais pas à me calmer, j’avais des nausées qui montaient au fur et à mesure que les morts s’alourdissaient, je criais ma colère à mon Canadien, il a d’ailleurs très vite compris ce que l’on ressentait nous français face à ces attaques contre notre liberté. La nuit a été remplie de messages de stupeurs et surtout d’espérance qu’aucun de notre entourage ne soit touché, et pourtant certaines personnes de mon entourage étaient bien dans le quartier au même moment, mais heureusement pour eux n’ont pas croisé ces monstres.

Par épuisement, on s’est endormi vers 3h du matin comme beaucoup d’entre nous une fois que nous avions su que le Bataclan était débarrassé des ces terroristes. Evidemment, le sommeil a été très perturbé. Au petit réveil, il était hors de question de regarder la télé où les news nous montraient des choses irrespectueuses qui m’avaient vraiment énervé la veille, telle que filmer des personnes sur leur brancard…J’ai préféré suivre les informations sur les réseaux sociaux où je pouvais filtrer les informations. Et puis comme beaucoup d’entre vous, j’ai vu défiler les visages des personnes recherchées sur twitter et facebook et cela m’a tordu le bide. J’ai également eu des appels de ma famille dont ma mère qui s’est effondrée en larmes à la fin de notre appel. Je sais que dans sa tête, elle savait au fond d’elle que mon frère et moi-même aurions pu être à la place de ces nombreux morts. Face à toutes ces émotions, j’ai décidé de filer chez une amie pour me libérer l’esprit. Mais cela a été de courte durée…Une de mes amies les plus proches a su en début de soirée qu’une personne de son entourage était décédée…Une des premières personnes identifiées au Bataclan. J’ai évidemment essayé d’alléger la souffrance de mon amie, mais quel mot est assez fort face à cette situation ? Aucun. Seul le temps et de l’amour peuvent le faire. A partir de ce moment, je n’ai cessé de voir défiler le nom de cette personne décédée, qui maintenant me paraissait si proche, sur les réseaux sociaux. Cela aurait pu être moi, même âge, même parcours, même mode de vie et presque même entourage et depuis je ne cesse de penser à elle quand je ferme les yeux ou en allumant une bougie en espérant qu’elle n’est pas trop souffert et en imaginant la douleur que doit traverser sa famille.

La nuit du dimanche a été très agitée dont une petite crise d’angoisse  après avoir lu un témoignage d’un survivant du Bataclan qui me traumatisa et l’idée de retourner à Paris le lendemain, en étant coincé dans un RER et métro m’angoissait d’avance. Evidemment, je me suis rendu compte au petit matin lundi que je n’étais pas la seule à vivre ces émotions, le silence était pesant dans le train, des problèmes de bagages abandonnés n’ont pas cessé dans la journée de lundi, ainsi que des métros bien plus vides qu’habituellement, tous ces petits détails qui montraient clairement le traumatisme de la population.

Nous n’oublierons jamais cette soirée du vendredi 13 novembre, ni ses visages que nous avons vu défiler sur les réseaux sociaux qui étaient, pour la plupart, si souriants. Nous devons continuer à vivre pleinement, même si les prochains jours seront angoissants. D’ailleurs samedi dernier quand je suis partie rendre visite à mon amie, elle avait une surprise pour moi, mon cadeau de Noel en avance : des places de concert du groupe Brigitte samedi prochain au Zénith…On se regarde perturber, que doit-on faire ? Allons-nous aussi risquer notre vie dans une salle de concert ? Devons-nous annuler cette sortie ? Non, on décide que la vie continue, que ces monstres ne réussiront pas à nous changer notre mode de vie, que oui nous serons sûrement angoissées pendant le concert en pensant à ce qu’il s’est passé une semaine plus tôt, mais pour tous ceux qui ne méritaient que de vivre, nous profiterons de la vie pour eux. Et avec de l’amour et de la musique.

Si j’ai écrit cet énorme texte de façon chronologique, c’est pour vous montrer que nous avons tous traversé la même chose ce weekend et que les prochains jours qui arriveront seront aussi durs, mais face à ce cauchemar éveillé, nous serons unis et nous n’aurons pas peur de le montrer.

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